Harry Wu avait été arrêté le 19 juin 1995 alors qu'il rentrait en Chine par le Kazakhstan, muni de son passeport américain et d'un visa en règle.
Cet ancien prisonnier politique - il a passé 19 ans dans les camps de travail, le laogai - a accompli un travail d'information extraordinaire, révélant à la communauté internationale les aspects plus sombres du "miracle économique" et de l'univers carcéral chinois. Harry Wu risquait de payer très cher le prix de son courage et de sa détermination.
Le 7 juillet, le ministère chinois des Affaires étrangères informait l'ambassade américaine à Pékin de l'arrestation officielle de Harry Wu, détenu par le Bureau de la Sécurité Publique à Wuhan. Trois chefs d'accusation avaient été retenus contre lui :
- Etre rentré en Chine sous une fausse identité lors de voyages précédents.
- Avoir pris connaissance de secrets d'Etat.
- Avoir divulgué ces secrets auprès d'organisations internationales.
Harry Wu sera libéré sous la pression des Etats-Unis, à l'occasion du congrès mondial des femmes tenu à Pékin. Installé aux Etats-Unis, il publiera Vents Amers qui connaîtra un immense succès.
"Harry Wu a séjourné dans la section 585 de la ferme de Quinghe pendant deux ans. Moi, je n'y suis resté que deux jours, grâce à ma qualité d'étranger. Quelle horreur ! Quelle horreur ! L'enfer de Dante ne soutient pas la comparaison. Dans ce camp, quelle désolation !... J'ai vu des gens ramper parce qu'ils n'avaient plus la force de tenir sur leurs jambes. Harry Wu a survécu en grappillant sa pitance dans les champs - herbes, plantes, grenouilles, serpents, qu'il faisait bouillir dans les latrines de la prison. L'innommable vaut mieux que la mort. C'est à ce moment qu'Harry Wu fait le serment de raconter ce qu'il voit, de révéler au monde les principes de l'"humanitarisme révolutionnaire" avec lequel la Chine traite ses prisonniers.
Jean Pasqualini,
seul français ayant survécu au laogai