Trois récits, rapportés d'un exil qui fut plus nourricier que destructeur, venus d'un Xinjiang où le sentiment de la nature ainsi qu'une inextinguible chaleur humaine subsistent intacts : l'humour et la sensibilité de Wang Meng font ici merveille.
D'inspiration de toute évidence autobiographique, ces 3 récits mettent en scène des non-Han, des Ouighours, gardiens de l'humanité en des temps inhumains où imbécillité, délation, lâcheté, servilité faisaient la loi. Là-bas, au Xinjiang, dans la vallée de la rivière Yili, où pousse le raisin doré, où poésie, danses et chansons font partie du quotidien, le goût de vivre est sauvegardé, grâce à l'humour, grâce aussi au contact préservé avec la nature.
Résumé
OH, MOHAMMED AHMED !
1965-1971: c'était un temps déraisonnable que celui où l'on envoyait au désert les intellectuels "au cerveau puant", tel Wang Meng, dont le crime avait été purement littéraire. C'était le rôle du travail manuel que de transformer en non-pensant inoffensif un être qui faisait métier de réfléchir : l'opération s'appelait rééducation.
Le récit, autobiographique, que fait Wang Meng de ces années, au bord de la rivière Yili, dans le Xinjiang du Nord, donne une piètre idée du résultat de cette rééducation puisqu'il choisit pour personnage principal un original notoire, soupçonné de déviances sexuelles, d'activités contre-révolutionnaires et de goûts excessifs pour le loisir ; mais ce Mohammed Ahmed hors-norme connaît l'âme du chant et de la danse, s'enivre de poésie, refuse obstinément le sérieux de plomb imposé par l'époque. Et si sa vie se solde finalement par un échec, au moins aura-t-il rêvé. Et c'est avec une grande tendresse que Wang Meng nous raconte cette histoire.
LE GENIE DU VIN
1969 : c'est dans d'autres souvenirs du Xinjiang que puise ici Wang Meng, mettant en scène le vieux couple qui l'hébergea pendant 6 ans. Lui, c'est Mumin, musulman fervent et époux mal commode. Elle, c'est Aÿimuhan, "diététicienne" attentive. Même s'il ne boit pas, Mumin entreprend de faire du vin, non pas de façon banale, à grands coups de pressoir et de levures, mais par une série d'opérations alambiquées, relevant de l'alchimie plutôt que de la chimie organique, auxquelles viennent prendre part les quatre éléments et les quatre saisons, le soleil d'un été aussi bien que les neiges d'un hiver, la mélancolie d'un automne et l'éveil d'un printemps.
LA PETITE MAISON DE PISE
1965-1971 : le vieux couple de la nouvelle précédente réapparaît ici mais cette fois en gros plan ; Aÿimuhan, la femme, a longuement vécu, donc, beaucoup perdu, et il ne lui reste plus que le goût du thé, goût de luxe puisque le breuvage nourricier fait trop souvent défaut chez les pauvres ; Mumin, le mari, a, au sein de la Commune populaire, des responsabilités dont le Parti l'a investi et qu'il assume avec autant de sérieux que d'humour. Loin du Xinjiang se produisent des événements considérés comme historiques : on se bat au Vietnam, on marche sur la Lune, on décide à Pékin que la Révolution sera culturelle ou ne sera pas… Le vieux sage, nourri d'un Coran bon enfant, commente tout cela avec une délectable malice.
Wang Meng est ici un témoin fraternel, plein d'émotions et de nostalgies pour ces "gens de peu" qui, en des temps atroces, gardent intact le lait de la tendresse humaine. |