Du condamné à mort au candidat à l'exil, de l'entraîneuse au petit instituteur de campagne, une vingtaine de personnages prennent la parole dans cette série de portraits croqués par l'un des auteurs contemporains chinois les plus audacieux de sa génération, Liao Yiwu.
On ne rencontre pas que des proxénètes, des putains ou des condamnés à mort dans les bas-fonds de la société chinoise ! S'y trouvent également relégués des instituteurs de campagne, de vieilles intellectuelles, des gastronomes d'un genre particulier. En une série de vingt portraits d'une quinzaine de pages chacun, Liao Yiwu, poète et auteur chinois donne la parole à ses contemporains pour décrire une réalité surprenante, à des années lumières de la Chine des affaires et des quartiers riches de Shanghai ou de Pékin. Les héros de Liao Yiwu ont tout vu : la Révolution culturelle, les réformes économiques, les succès, les échecs et il ne leur reste souvent plus que les yeux pour pleurer. Pas d'attendrissement ni de découragement dans cette Chine-là pourtant. Chacun sa façon, honnête ou tordue, de tirer son épingle du jeu, de pousser sa barque le long d'un fleuve, ô combien tumultueux ! Jamais la Chine d'aujourd'hui n'avait été peinte avec autant d'audace, de mordant, d'humour, et d'humanité.
Comment s'adresser à un homme qui va être fusillé dans quelques jours ? Liao Yiwu se pose aussi la question, puis laisse parler son interlocuteur, Mu Dalu, criant de sincérité, et d'humanité.
Pourquoi une femme aussi cultivée que Mme Ceng a-t-elle décidé d'adhérer à un mouvement obscurantiste comme le Falungong ? Après avoir découvert le désert affectif et culturel dans lequel cette vieille cadre communiste est tombée après la mort douloureuse de son mari, on ressent un soulagement intense à la savoir encadrée par de gentils illuminés.
Quant à Chifu, le gastronome, comment ne pas haïr cet individu épicurien dont le plus grand plaisir consiste à déguster des fœtus humains ? Après tout, avec le nombre d'avortements qui se produisent tous les ans en Chine, n'est-ce pas dommage de laisser se perdre un si grand nombre de mets de luxe, demande-t-il sans état d'âme ?
Rien n'arrêtera plus Liao Yiwu, qui dépeint, dans une langue truculente, l'univers violent, cynique, amoral et terrifiant qui l'entoure, et que seul l'humour sauve du plus profond désespoir. |